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LE SANTOUR IRANIEN

Cet instrument, qui appartient à la famille des cithares sur table, est né en Iran. D’origine incertaine, le santour est mentionné pour la première fois dans un manuscrit d’un poète du XIIe siècle. Nous le retrouvons tout au long de la route de la soie, sous des formes et des noms différents : santouri en Grèce, tchang en Ouzbékistan, santoor en Inde et yangqin en Chine.

Aujourd’hui, c’est un instrument toujours populaire en Iran. Les musiciens iraniens qui ont vécu ou séjourné à l’étranger ont contribué à le faire connaître et à l’introduire dans d’autres styles musicaux.

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Il a la forme d’un trapèze, dont la caisse de résonnance est en noyer. Il comporte soixante douze cordes en groupes de quatre, chaque groupe passant au-dessus de neuf chevalets mobiles disposés en deux rangées et servant à changer de mode. Son étendu sonore est trois octaves. Le santour est un instrument à cordes frappées qui, dans la musique traditionnelle, sont « nues », donnant un son plutôt métallique; on peut aussi les couvrir de feutre pour obtenir un son plus subtil.

Les musiciens utilisent des baguettes qu’ils manient avec le index pouce et majeur, à l’aide de de mouvements des poignets. Observé de profil, le mouvement à la verticale des baguettes qui produisent le son en frappant furtivement les cordes évoque le battement à peine perceptible des ailes du colibri qui, en un vol stationnaire, pollinise les fleurs.

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LE DOTAR 

On retrace l’existence de cet instrument dès le 10e siècle dans un écrit du philosophe persan Al-Fârabi (872-950) sous le nom de « tambur du Hurasan »; toutefois, ce n’est qu’en 1500 que le mot dôtar apparaît dans un traité musical édité à Samarcande.

Le dôtar – dôtar est un mot iranien signifiant « deux cordes » – appartient à la famille des luths à long manche; il nous vient du Khorâssân, province du nord-est de l’Iran actuel. Située en Asie centrale, cette province s’étendait à l’époque de l’Ouzbékistan au Turkménistan chinois. Vers le 12e siècle, le dôtar devient l’instrument privilégié des bakhshi, à la fois héritiers des ménestrels et de la tradition orale. Ces bardes, messagers de l’Histoire et de la culture populaire, racontent surtout des histoires d’amour mais aussi des épopées en plus de chanter des chants religieux. Les bakhshi, qui exercent des métiers tels que barbier ou épicier, sont encore aujourd’hui au cœur de la vie villageoise dont ils rythment les cérémonies par leurs chants anciens ou improvisés.

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L’instrument, habituellement fabriqué par les bakhshi, est simple
: il se compose d’une caisse de résonnance en bois de mûrier et ressemblant à une demi-poire ainsi que d’un manche en abricotier au bout duquel deux chevilles fixes retiennent les deux cordes. Comme ces cordes étaient anciennement en soie, qu’elles étaient longues à confectionner que la soie se déchirait souvent, les bakhshi d’Iran les ont remplacées par des cordes de métal. Celles-ci ont bien sûr modifié la sonorité de l’instrument, faisant du même coup évoluer la couleur du son et le style du jeu. Si l’instrument est simple, le jeu est complexe et ses approches techniques sont fort diversifiées.

On le joue avec le bout des 5 doigts de la main droite, en frappant et parfois en pinçant les cordes; les doigts frottent non seulement les cordes mais aussi le bois. Cette technique n’est pas sans rappeler celle qu’ont développée les guitaristes de flamenco à partir du 19e siècle. L’oreille entend le son du frottement des cordes (2 cordes et 2 sons distincts) mais aussi celui du frottement du bois (percussion). C’est donc un instrument unique qui se joue toujours en solo.